Le clic est en train de mourir comme métrique de référence. Pas le clic lui-même ; il existera toujours. Mais sa position comme unité de valeur du marketing digital. Ce qui le remplace ; l'influence de marque créée avant que quiconque ne clique. C'est ce que j'appelle le zéro clic marketing.
Le paradoxe de Jevons, version marketing
En 1865, l'économiste William Stanley Jevons observe un paradoxe ; plus les machines à vapeur deviennent efficaces dans leur consommation de charbon, plus la consommation totale de charbon augmente. L'efficacité ne réduit pas la demande ; elle l'explose.
Le marketing digital vit exactement le même paradoxe. Plus il y a de contenu, moins chaque contenu individuel génère de clics. Mais plus le volume total de mentions, d'apparitions et de signaux de marque augmente. Le clic unitaire perd de la valeur ; l'empreinte de marque en gagne.
Google l'a compris avant nous. Les featured snippets, les Knowledge Panels, les AI Overviews — ce sont des réponses sans clic. Google ne vous envoie plus de trafic ; Google affiche votre expertise directement dans ses résultats. Et c'est là que la bataille se joue désormais.
Ce que ça change concrètement
Pendant 20 ans, le SEO a mesuré le succès en clics, en sessions, en taux de conversion. Ces métriques ne disparaissent pas ; mais elles racontent de moins en moins l'histoire complète.
Un Knowledge Panel qui affiche votre nom et votre expertise à 10 000 personnes par mois ; ça vaut combien de clics ? Une réponse de ChatGPT qui vous cite comme référence ; ça se mesure comment dans Google Analytics ? Un featured snippet qui répond à la question de l'utilisateur sans qu'il visite votre site ; c'est un échec ou une victoire ?
Dans le modèle classique, c'est un échec. Dans le zéro clic marketing, c'est exactement le but. Vous n'avez pas besoin que la personne clique pour que votre marque s'installe dans son esprit. Vous avez besoin qu'elle vous voie, qu'elle vous associe à une expertise, qu'elle se souvienne de vous quand le moment de décision arrive.
Le triptyque du zéro clic
Le zéro clic marketing repose sur trois piliers ;
1. L'Entity Building. Devenir une entité reconnue par Google et les LLMs. Pas une page qui ranke ; une source que les algorithmes identifient, comprennent et citent. Schema.org, Knowledge Graph, sameAs, Entity Home — c'est l'infrastructure invisible qui fait que votre nom apparaît dans les réponses, pas seulement dans les résultats.
2. La présence SERP. Occuper l'espace visuel des résultats de recherche sans dépendre du clic. Featured snippets, People Also Ask, images, vidéos, Knowledge Panels. Chaque pixel que vous occupez dans la SERP est une impression de marque gratuite.
3. La citation IA. Être la source que les IA génératives choisissent de citer. Quand quelqu'un demande à ChatGPT, Gemini ou Perplexity une question dans votre domaine, est-ce votre nom qui apparaît ? Si non, vous êtes invisible dans le canal qui remplace la recherche traditionnelle.
Pourquoi la plupart des marketeurs ne le voient pas
Parce que leurs dashboards sont construits pour mesurer des clics. Parce que leurs KPIs sont indexés sur le trafic. Parce que toute leur culture professionnelle est bâtie sur l'équation contenu → clic → conversion.
Cette équation fonctionne encore. Mais elle capture une part de plus en plus petite de la valeur créée. Le zéro clic marketing ne remplace pas le marketing traditionnel ; il capture la valeur que le marketing traditionnel laisse sur la table.
Ce que je fais avec ça
Ce site — sebastiengrillot.com — est un exercice de zéro clic marketing en temps réel. Chaque page est construite pour que Google et les LLMs comprennent qui je suis, pas pour générer du trafic. Le Schema.org, les sameAs, les Entity Homes de mon réseau de sites — tout ça construit une empreinte d'entité qui fonctionne que les gens cliquent ou non.
0clic.com existe pour la même raison. C'est le domaine où je documente cette mutation du marketing. Pas un blog de plus ; un point de référence sur un concept que je crois fondamental pour les 10 prochaines années.
Le clic n'est pas mort. Mais il n'est plus le roi. La marque l'a détrôné — et ceux qui l'ont compris construisent déjà pour le monde d'après.